Candice Delisle, née en 1977, est agrégée de lettres classiques. Après un DEA au Centre Alexandre Koyré, à l’EHESS (Paris), elle a récemment terminé une thèse de doctorat (PhD) au Wellcome Centre for the History of Medicine at UCL, à Londres, sous la direction des professeurs Vivian Nutton et Harold J. Cook, intitulée : « Establishing the facts : Conrad Gessner’s Epistolae Medicinales between the Particular and the General. ». Elle est désormais chercheur associée à l’Institut d’Histoire Moderne et Contemporaine de l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm. Elle est membre du Groupe d’études doctorales sur les savoirs à la Renaissance depuis 2003.
Recherche
Dans sa thèse, Candice Delisle examine la correspondance manuscrite et imprimée de Conrad Gessner (1516-1565), afin de montrer comment les pratiques épistolaires contribuent, au seizième siècle, à donner aux faits, à l’historia et à l’observation une place centrale dans la connaissance de la nature et de la médecine. Centré sur l’étude des pratiques sociales, intellectuelles et matérielles de l’épistolaire de la période moderne, ce travail s’efforce d’éclairer ces changements. Lire et écrire des lettres, entretenir un réseau de correspondance, mettre en circulation des objets naturels, des livres et des idées, représente, au seizième siècle, une part importante du temps et de l’activité savante du médecin et naturaliste zurichois, connu pour ses travaux de bibliographie et d’histoire naturelle. L’analyse de lettres savantes et de consultations épistolaires permet de comprendre comment la lettre offre un espace de travail aux savants de la Renaissance dans lequel le cas individuel, l’événement, sont standardisés en historiae, et deviennent donc support possible de généralisation et objets de savoir. Texte manuscrit, que les savants s’approprient en le copiant, le découpant, le transférant dans d’autres écrits, mais aussi texte publié, par les correspondants eux-mêmes ou par leurs héritiers, la lettre et son contenu deviennent le matériau-même du savoir.
Projets actuels
Les projets actuels s’orientent dans trois directions, toutes trois visant à explorer davantage l’idée d’une culture épistolaire au seizième siècle.
- une édition critique des lettres manuscrites de Gessner et de ses correspondants non publiées à ce jour, et notamment du fond jusqu’alors ignore constitué par le Thesaurus Medicinae Practicae.
- Une étude du genre scientifique des Epistolae Medicinales aux seizième et dix-septième siècle, orientée cette fois vers les questions de constitution des corpus de lettres, de réceptions et de lectorats, afin de comprendre comment un tel genre donne forme au savoir, et comment les lecteurs variés s’approprient ce savoir.
- Une étude sur la lettre comme objet de collection et comme objet de savoir.
Publications :
- « The controversy between Conrad Gesner and Pietrandrea Mattioli over Dioscorides’ aconitum primum », Gesnerus, 61, (2004), 161-176.
- « Une correspondance scientifique à la Renaissance : Les Lettres Médicinales de Conrad Gesner », in Réseaux de correspondance à l’âge classique (XVIe-XVIIe siècle), Pierre-Yves Beaurepaire, Jens Häseler et Antony McKenna, Publications de l’université de Saint-Étienne, 2006, p. 33-44.
- « De la lettre au traité : l’Historia Animalium de Conrad Gesner », dans L’Animal sauvage à la Renaissance, Actes du colloque de la S.F.DE.S, éd. Philip Ford, Cambridge, Cambridge French Colloquia, 2007.
- « Une maladie rare aux symptômes cruels : représentations de l’épilepsie dans la correspondance de Conrad Gesner (1516-1565) », Epilepsies, 20 (2008).
- « Accessing nature, circulating knowledge : Conrad Gessner’s correspondence networks and his medical and naturalist practices », History of Universities, XXIII, 2 (2008), p. 35-58.